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A deux sur la branche
Est-ce qu’on restera ?
Moi je sais pas
A deux sur la tranche
Est-ce qu’on se tiendra ?
Moi je crois pas
Qu’on puisse allumer
Un feu sans y toucher
A trop se braquer
Ne pas s’approcher
On va tomber
Il faudrait trouver
Un lieu sans secret
Juste au milieu
Ca plie sans craquer
On pourrait s’en tirer
Ne pas tomber
A deux sur la place
Il faudra s’aimer
Moi je veux bien
Faire tomber la glace
Qu’on a fabriquée
Pour rien…
…A faire qu’à serrer
Nos mains pour se sauver
Ne pas tomber
(“Sur la branche”, Blankass)
…Juste que je suis tombée hier sur cette vieille chanson, je ne me souvenais plus que je l’avais, et du coup je l’ai écoutée en boucle.
Bon, d’accord, il se peut que je me pose plein de questions, ces derniers temps, aussi. Avec B., il y a enfin eu l’épisode psychodramatique qu’on attendait tous : la fabuleuse histoire du “je préfère que tu rentres chez toi”, ou comment une soirée trop arrosée finit invariablement par des paroles trop douces ou bien trop dures, par des réactions non contrôlées, par des souvenirs encombrants.
Je suis restée avec J. pendant que B. est allé dire bonjour à une fête pas loin.
J…après cette histoire d’interview, puis de resto, je me sens proche de lui, aussi. Alors la question de J. est venue toute seule : mais qu’est-ce que tu fous? qu’est-ce que tu veux? Là j’ai compris que B. et moi ne trompions personne de ce petit groupe. (en tout cas, moi je pensais que personne ne “savait”…mais savoir quoi?). Ca m’a fait du bien d’en parler, à mots couverts, mais quand même. Trop d’attentisme de ma part là-dedans, le côté “j’en sais rien, comme tu veux” ça va bien deux minutes. Je me laisse faire, je crois. Juste ça. Alors…
Conversation plus ou moins sérieuse, le lendemain. B. a débarqué en frappant au carreau, c’est nouveau ça, j’ai eu peur. J’ai réussi à dire, malgré ma peur des phrases toutes faites à la con qui souvent sont celles qui font le plus mal : je crois que c’est mieux qu’on soit juste amis. Et aussi : je le sens pas. Et ce n’est pas un drame, pour personne : il parle de son ex, de sa situation “difficile” du moment.
C’est dégeulasse de dire que je suis soulagée. J’en sais rien. Mais bon…pour dire les choses clairement, je l’aime “bien”. Voilà, l’envie d’aller “plus loin” n’est pas venue. Je crois qu’elle viendra pas. C’est tout.
Reste que je ne peux pas échapper à une certaine perturbation.
Sinon, ma mère est arrivée hier soir, comme prévu. Plein de choses à dire, à raconter, pas d’oreilles pour m’écouter. Bon. Je commence à accepter cet état de fait. Ne peux me l’expliquer vraiment. Presque envie de lui dire en pleine figure, bien violemment, mais évitons de faire de ce séjour un psychodrame (encore). Son mec est soulant mais je ne lui en veux pas. Par contre, je me rends compte que je ne supporte pas les critiques sur Berlin (en même temps débarquer et me sortir à moi que l’Alexanderplatz est moche!!!). Tout ça est étrange..mais je me sens preservée, libre de vivre mon ptit rêve, et de le partager avec ceux que je choisis. Et là pas envie de me forcer à montrer ce que j’aime ici. Ca vaut pas le coup, c’est dommage mais c’est comme ça.
Avec ma rédac’ chef (c’est quand même plus classe que “référente de stage), ça roule. J’ai galéré comme une folle pour écrire sur le magasin de J. Pas évident de faire quelque chose sur quelqu’un qu’on connaît (et qui en plus vous émeut), et qui va vous lire après. Contre toute attente, C. a aimé mon truc. Ses compliments, comme ses encouragements, me font plaisir. Je suis bien là-dedans, je m’y sens à ma place…bon, le seul problème, c’est que je suis pas payée, quoi…Alors à quand la tentative de vendre des piges?…Je fais des recherches, j’essaye de travailler sur ma “légitimité” parce que, comme dirait B. : je comprends pas pourquoi tu en parles toujours comme d’un truc que tu fais “pour rire” ou “en faisant semblant” alors que tu es investie. Oui, bonne question. Alors je me force, je fais semblant de ne pas faire semblant. Marrant.
Ma mère est là, et j’ai envie de voir mes frères. Ca faisait longtemps qu’ils ne m’avaient pas manqué…Je me souviens de cette soirée ou devant des bières on a plus ou moins crevé l’abcès (avec F.). J’espère qu’on aura de nouveau des conversations de ce genre, celles qui font du bien, qui font se sentir moins lourd d’une espèce de malaise diffus.
On dirait que je suis sur-inspirée, aujourd’hui.
Je n’ose pas trop le dire mais je surfe sur Easyjet en même temps.
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D’abord, juste un mot sur le concert de Rhythm King and her friends hier! Je renouvelle tous mes remerciements à D. pour m’avoir conseillé d’aller voir ça…allez faire un tour sur leur page Myspace. Dans la salle c’était très L Word style (voire même “Kevin Robert, mi-homme mi-femme”) mais j’étais super de mauvais poil (c’est récurrent en ce moment…cf ce que j’ai écrit hier…) et crevée (idem), je devais pas avoir une tête à me faire draguer. En même temps, il y avait pire que moi : entendre une nana hurler à la mort et pleurer (en même temps) dans les chiottes à côté c’était assez glaçant. Voire glauque. Mais très bon concert (j’insiste).
Peut-être que ça suffira à expliquer pourquoi j’ai fait exactement le contraire de ce que j’avais prévu de faire : rentrer chez moi. Bon…
Il fait vraiment froid.
J’ai 60 centimes dans mon porte-monnaie et c’est toute ma fortune. J’ai très mal géré, comme d’habitude. Vivement l’arrivée de la banque lundi..
Comme je pouvais pas aller dans mon bureau-café (Berlin c’est pas cher mais bon, 60 centimes c’est quand même pas assez pour un café), je suis dans l’atelier de B., je suis censée travailler mais comme j’ai trop la flemme…
Donc je m’invite ici. Et de plus en plus l’impression de très moyennement contrôler..
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Alanis Morissette au réveil et crise de manque.
Vous avez gagné, je vais rentrer bientôt, trop envie de vous voir, ma patience commence à décliner doucement, j’aimerais bien écrire plus de “XXX à Berlin!” dans mon agenda, mais comme c’est moi qui suis loin, tout simplement c’est peut-être à moi de refaire le chemin. J’ai du retard dans mon courrier (je sais) mais je m’énerve de voir ma boîte aux lettres vide, ou alors remplie de lettres inquiétantes de ma grand-mère, qui cette semaine m’a envoyé 3 cartes postales pour me dire la même chose, à 3 ou 4 mots près…
Je vais rentrer, bientôt…Rentrer où? Non, pas rentrer, mais juste venir voir ceux qui me manquent. Voilà.
Paradoxalement, j’attends avec impatience l’arrivée de ma mère et de son amoureux (lundi). Bien sûr, je compte les jours jusqu’à l’arrivée de Debbie.
J’ai besoin de “prendre du recul” là, de prendre le large vis-à-vis de ces gens parmi lesquels je me suis si bien “intégrée”. Je commence à avoir peur de me retrouver coincée, dans la situation d’entre-deux qui est la mienne en ce moment (avec B…), d’être obligée d’agir brusquement, peur de me perdre un peu là dedans, j’avoue..
Bref. Prendre l’air. Rencontrer de nouvelles personnes. Trouver un job (ça devient urgent). M’investir encore plus dans mon stage.
A part ça, la soirée chez P… une soirée 100 % bio…coincée entre un faucheur d’OGM et une militante Greenpeace (je caricature à peine). J’étais crevée, mais pleine de bonne volonté. Le clash dès mon arrivée :
- ”et tu fais quoi dans la vie?
- un stage pour le Machin-Machin Journal
- ah ouais, c’est l’organe de communication de l’ambassade, non?”
(l’agressivité est toujours une bonne entrée en matière)
- euh non…
- mais ils sont financés comment?
- par la pub
- ah ouais, d’accord…”
J’ai de moins en moins envie de me laisser faire, mais ce soir-là je n’avais pas vraiment le courage de me lancer dans un panorama explicatif de la situation de la presse sur le Web. Alors oui, tu dois avoir raison, “miss”, avec tes sous-entendus, ce que je fais c’est de la comm et pas du journalisme. N’empêche que mon article sur le squat est passé hier, et que j’en suis fière.
Ma bonne volonté un peu éteinte après cet accueil chaleureux, je me suis escrimée à expliquer à mon voisin que l’écologie ça me passait carrément au dessus de la tête. Oeil pour oeil. Tu me provoques, je te provoque.
Il y avait un joli Grec qui ne disait rien. J’ai dit merci bien poliment, je suis allée chez B. Je suis un pilier de bar, c’est maintenant officiel.
Dans l’appart, F. finissait son livre d’illustrations, pour bientôt le présenter dans des salons. Des gravures de squelettes, qui racontent la mort d’un quartier berlinois. Il collait, très concentré, les pages les unes avec les autres. Il a passé plusieurs mois sur le livre. C’était le point final. Emouvant. Un truc à fêter avec de la vodka.
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Eh oui..enfin, il me semble. Mais j’ai passé une très bonne journée, hier. J’ai été faire une “interview” de J. (le coloc) qui tient un magasin un peu spécial (non, ce n’est pas un sexshop). Je sais vraiment pas si je pourrai en faire quelque chose pour le journal mais ça a dégénéré en après-midi entière (j’avoue j’ai eu du mal à faire ma journaliste “sérieuse” avec quelqu’un que je connais et qui en plus me fait bien rire..)et ça s’est terminé par un resto. Contente de le connaître mieux et de voir qu’on s’entend bien.
D’ailleurs il paraît que je m’intègre super vite…tu m’étonnes…j’ai pas l’habitude du tout qu’on me dise ça mais là c’est plutôt vrai. Après le resto, j’avais “rendez-vous” avec B…déjà bien décontractée par le vin du resto, j’ai même pas eu le temps de stresser. Arrivée super en retard, mais déjà gaie, tu gagnes au change, non?
Sauf que. Soirée passer à discuter de tout et de rien, mais j’ai été un peu chiante je crois. J’ai reconnu mes réactions typiques de ces cas-là. J’ai bien dit “discuter”. Et c’est tout. Sauf avant de se coucher. Mais j’ai dormi sur le canapé, c’est moi qui ai voulu. Pourtant j’étais contente, avant, même pendant la journée presque le sourire aux lèvres. Et voilà…on a pas l’air con du tout.
Il faisait 15° et les chats essayaient de me sauter dessus. Au réveil, un des colocs (que je connais moins que les autres) : si tu t’installes sur le canapé, il va falloir des couvertures en plus (c’était dit gentillement je crois). C’était peut-être la 4ème fois que je dors sur ce canapé. Et evidemment, cette fois j’ai rêvé d’O.
Je suis vite rentrée.
J’ai fait le ménage en grand chez moi.
J’ai envie d’arrêter de boire (mais je suis invitée chez P. ce soir avec des gens que je connais pas et incitée à aller voir B. et les autres après..c’est la soirée “bar” du mercredi).
J’ai envie d’arrêter de me comporter bizarrement avec B. (mais je ne sais pas ce que je veux).
Enfin bref, ça va passer.
Alors quoi? Il y a plein de choses qui… (me dérangent/ne vont pas du tout et n’iront jamais/me crispent/me font peur) mais…
Mon horoscope d’aujourd’hui dit qu’il faut que je me méfie des paradis artificiels..
Je sens que je vais passer une bonne soirée…
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Ce matin je me suis réveillée étrangement calme. C’était pas le matin, à vrai dire il était 15h. 2h plus tard il m’arrivait même de sourire en repensant à ma soirée de la veille..mais la nuit n’a pas tardé à tomber, et avec elle une bonne vieille angoisse.
Je suis une fille très basique, en fait : quand j’arrive chez quelqu’un et que cette personne est en train de faire à manger pour moi, ben je suis dans de très bonnes dispositions..
Quand on m’emmène à une soirée d’impro théâtrale vraiment hyper chouette et que même si c’est en allemand je rigole pendant 3h, je suis toute contente.
Quand on a les cheveux propres et un pull à rayures, parfois ça suffit.
Bon, evidemment il faut me faire boire un peu. C’est pas de ma faute si un adorable serveur, vieux, berlinois pur jus et vraiment très marrant, qui porte le nom d’Uwe (comme le premier mec de Christiane F.) arrête pas d’offrir à boire à tout le monde sous prétexte que c’est l’anniversaire de quelqu’un. J’arrêtais pas de dire non, mais j’ai quand même été obligée de boire les verres de mousseux qu’on posait devant moi. Je voulais pas être impolie. J’ai quand même eu la force de dire non aux verres de vodka, que B. était très heureux de boire pour moi. De toute façon, depuis les premières minutes du spectacle, je savais que j’étais foutue. Peut-être que si ça m’avait pas autant plu..
Il y avait aussi J., un des coloc, que j’apprécie de plus en plus. On s’est retrouvés tous les trois à boire (…), avec une autre fille que je ne connaissais pas. Mais qui était très sympa. Tout était juste trop sympa. L’horloge marquait 1h15 jusqu’à ce que quelqu’un se dévoue pour la remonter, un jour. Il était quelque chose comme 4h. Il n’y avait plus de métro. Mais à boire, des clopes, du chocolat, J. et la fille, et B.
Bon, pas de suspens : je n’ai pas le souvenir d’avoir demandé quelque chose, ou même d’avoir dit que j’étais d’accord, mais bon..c’est arrivé. On s’est embrassés(j’aurais bien aimé éviter d’avoir à écrire cette phrase kitsch mais les autres sont pires). J’crois même que j’ai un peu pleurniché. J’me sentais bizarre mais bien. J’ai dit toutes les phrases obligatoires : “ça veut peut-être rien dire”, “on verra bien”, “j’en sais (toujours) rien”. J’étais calme. B, pas trop. La vodka, ça aide pas. Mais tout-à-fait d’accord pour dire “on sait pas”.
Je suis rentrée chez moi, dans le métro plein de gens qui travaillent tôt. Aucune envie d’aller ailleurs. Juste être au calme, dormir.
Ce soir, j’ai donc été obligée d’aller m’acheter un sac fushia, sinon l’angoisse m’aurait bouffée. Mais tout va bien. J’ai pas de raison d’avoir peur. Je fais ce que je veux. Et même si je sais pas, mais vraiment pas, ce que je dois en penser..ben, on verra bien.
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Il y a quand même des jours où tout se ligue contre vous. J’ai lu un bouquin, un roman sur Berlin et sur le Kreuzberg d’avant la chute du Mur, qui disait : “c’est la ville qui te rejette, ici si tu tiens un an, c’est bon.” On est loin maintenant de l’ambiance de mon quartier à la fin des années 80, loin du Berlin absolument gris, froid, violent. Mais quand même, il y a des jours où je comprends qu’il peut être difficile de vivre ici si on ne l’a pas choisi, ou qu’on est déçus. Ce n’est pas mon cas, ça fait tout tenir.
Le dimanche, c’est la sacro-sainte célébration du “brunch”. On est pas à Manhattan, pourtant pour les Berlinois c’est passage obligé. J’aurais du m’en souvenir quand j’ai eu la bonne idée d’aller m’installer dans ce qui est devenu mon “bureau” (ce café à Prenzlauerberg). Au choix : des grappes de filles ultra-lookées, lunettes noires obligatoires, histoire de montrer qu’on n’a pas dormi de la nuit la veille, ou alors des petits couples (dont je soupçonne certains de s’être formés il y a quelques heures). Voilà, c’est bondé, et coincée entre 4 filles et 1 couple, mon ordinateur sur les genoux et la fumée de ma clope qui m’étouffe, je profite des conversations dont je comprends au grand maximum un mot sur 6. La migration est obligatoire. Il fait super froid, dehors.
Le métro est bondé. C’est le moment de parler de quelque chose qui me surprend toujours énormément ici. Il y a toujours des mendiants dans le métro, des gens qui font la manche ou qui vendent des journaux, ou qui jouent de la musique. Comme à Paris..sauf qu’ici, il y a systématiquement au moins deux personnes qui donnent. Mais ce qui me captive à chaque fois, c’est le fait que les gens sont attentifs, ou semblent attentifs en tout cas. Et pas seulement ceux qui donnent. Presque tout le monde se retourne et écoute. Presque tout le monde a l’air un peu perturbé (disons les choses comme ça : même si c’est pour soulager sa conscience, je trouve ça moins désagréable que l’impassibilité totale des Parisiens qui regardent leurs chaussures quand quelqu’un tend la main dans le métro). Je ne pense pas que ce soit du à l’exceptionnelle bonté morale des Allemands, d’ailleurs..mais il y a énormément de misère à Berlin, et je crois que tout le monde en est conscient.
Métro bis : il y a tellement de punks (pseudo ou réels), de marginaux (sur une échelle de marginalité qui va de gentil baba cool à clodo confirmé), de gens bizarres, de gens habillés n’importe comment (pantalon en vinyl + veste en jean + coupe de footballeur tchèque vu aujourd’hui) que personne ne s’en soucie (trop). Les mémés n’ont pas peur des méchants jeunes (et vieux), les dames bien habillées s’assoient à côté des rebelles aux cheveux roses. Alors peut-être que j’ai un point de vue idéaliste sur tout ça, mais j’ai l’impression que ça marche dans les deux sens. Je peux pas dire que tout le monde se mélange, c’est certainement faux..Mais n’empêche que ça me paraît moins cloisonné qu’ailleurs. Je suis allée au Köpi (un vrai squat, l’un des derniers ici) et personne n’avait l’air de trouver bizarre que je sois là..
Bref, Berlin c’est dur, mais Berlin c’est bien.
Conclusion pourrie mais avouons que ça fait du bien quand je parle d’autre chose que de mes (petits) tourments intérieurs, non?
Bon, sinon je peux aussi vous dire que j’ai fait des cauchemars cette nuit, que je me suis réveillée au moment où je pensais mourir par manque d’air (en étouffant donc) et que ce soir je vais manger des pâtes chez B…
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J’ai laissé sonner quatre fois… Il était 19h30, il faut vraiment être à la masse pour attendre cette heure-là pour appeler quelqu’un un samedi.
Il a rappelé un peu plus tard. En disant qu’il allait passer la soirée à boire dans un bar avec des potes. “Je pense que tu en as marre de me voir bourré”. Le ton de la voix un peu hésitant, mais l’air désinvolte. Très bien. C’était une leçon qui s’apprenait vite, en effet. Je me prends à espérer que ça marche.
Il a dit “désolé pour ce soir”. C’était la première fois que je l’appelais depuis qu’on se connaît (pas très longtemps).
Une invitation pour demain soir.Je sais pas si j’ai envie. Ce que je voulais, c’était ce soir, regarder la télé sur son canapé. De l’égoïsme pur sachant que ma mini-déprime du samedi me pousse seulement à souhaiter un regard bienveillant, voire plus, sur moi.
Je sais pas trop si j’ai honte de ce que j’écris. Je sais pas trop si je me rends compte de qui je parle. On trouve toujours un écran sur quoi “projeter”.
De nouveau, le creux de la vague. Je n’ai plus mon compte de moments “magiques”, terrifiants et excitants à la fois. Je suis super exigeante, je m’en rends compte. Je suis “jamais contente”, je n’en ai “jamais assez”.
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J’ai passé l’intégralité de la journée d’hier à tenter d’écrire un article de synthèse sur les universités allemandes, autant dire sur un sujet que je ne connaissais pas du tout. “C’est un bon exercice”. Ouais, mais je le ferais pas tous les jours non plus. J’ai fêté la fin de mon immersion ce matin, vers 4h, en me faisant des muffins au chocolat, que j’ai mangé en écoutant Bob Dylan et en ayant des pensées complètement barrées (fatigue + une bière pour me donner le courage de me lancer dans la rédaction = je trippe toute seule dans ma cuisine).
Il faut dire que la journée d’hier était plutôt morne…comme celle de jeudi, d’ailleurs. J’avoue, je suis “un peu” perturbée par la soirée de mercredi. J’ai revu l’objet de la perturbation jeudi soir, histoire de pas avoir le temps d’être gêné(e). On a été voir une pièce dans un hangar avec des boules à facettes partout. C’était marrant à regarder, cette pièce, seulement je pensais avoir compris que ça parlait de la chute du mur. Pas du tout : c’était une analyse de la “teuf”, soit : mais pourquoi on passe notre temps à se droguer, à boire et à faire n’importe quoi avec n’importe qui? Bonne question. On a été boire un verre, de nouveau rigolé. Version officielle : il était bourré (il l’était). On n’est pas revenus sur ce que j’ai dit moi (qui n’étais pas si bourrée que ça). En tout cas, tout ce que j’avais dit la veille n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd…dans mon bavardage intempestif, j’avais même eu le temps d’expliquer que j’avais une préférence marquée pour les mecs arrogants, très cons et qui surtout ne devaient absolument pas s’intéresser à moi. (je songe à acheter un baîllon pour la prochaine soirée). C’était trop sympa de dire ça à quelqu’un qui est adorable avec moi. Bref…il en est pas arrivé là, mais je sais que maintenant c’est à moi de l’appeler. Et je sais pas quoi faireuh. Je sais pas si j’ai juste peur ou pas envie.
Je sais pas si j’ai envie et que la peur me bloque, ou si j’ai peur parce que j’ai pas envie.
Bref.
Aujourd’hui c’est samedi. J’ai envie d’aller faire du shopping, de raconter des conneries, de faire la folle. Oui oui, il y a vraiment des gens qui me manquent, là. J’ai fait un cauchemar à propos de J. (tu es là? tu lis ou pas?), je ne le raconte pas ici, mais c’était horrible et j’étais pas très bien au réveil. Je le note, on en rigolera ensemble (bientôt…………..).
C’est samedi et il n’y a que des gens étranges autour de moi. Je commence à m’habituer aux Allemands, que je ne côtoie que de loin mais que j’observe depuis mon écran dans ce café branché où j’arrive enfin à capter du réseau plus de 10 minutes de suite..Pourtant ils m’énervent les jours où je ne suis pas très bien lunée (genre aujourd’hui) à dire toutes les trentes secondes “genau” (exactement) et “echt???” (vraiment?). Je comprends pas pourquoi ils sont toujours soit “genau” (tu as raison, j’ai raison, on est trop d’accord, c’est super!) soit “echt?” (mais non tu dis n’importe quoi). Je vais m’y mettre moi aussi. Ca clarifiera sûrement les rapports humains.
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C’était dans l’air. Et ça n’a pas tardé. La ligne jaune est franchie. Mercredi, soir d’ouverture du bar dans la maison de B. et ses potes. C’est aussi le soir de la “Stammtisch” (table ronde) franco-allemande organisée par d’anciens Erasmus, des Berlinois qui ont passé un an à Paris. J’avais dit que j’y allais (il faut bien que je me décide à parler un peu allemand, quand même), en plus je pourrais peut-être écrire un article dessus après (oui, je rentabilise au maximum), donc j’y vais. Et c’est plutôt sympa d’ailleurs (je le confesse, le sourire malicieux d’un certain Christian n’y est pas pour rien, mais passons). Je fais de la pub pour le journal, je distribue des cartes (rentabilise, rentabilise). J’arrive donc assez tard au bar…qui est bondé. J’aime vraiment cet endroit. D’ailleurs il a un peu changé depuis la dernière fois : il y a des gants de boxe pendus au plafond, un écran qui diffuse en continu un match de Mohammed Ali…et B. en short…de boxe. J’ai rêvé ou il se passe un truc avec la boxe, là? Il est bourré. Donc aucun répit : c’est comme ça que j’ai eu droit à une touchante déclaration (moi à jeun) , et appris que la boxe était un symbole. Et que (finalement j’ai bu) je me suis entendue dire des trucs plus cons les uns que les autres, au lieu de la seule chose que j’aurais du dire : non. Mais il faut croire que ce n’est pas aussi simple que ça. Bref, tout ça est très, très, gênant, mais l’alcool fait tout glisser. J’avais dit : je bois deux bières, je reste 2h et je rentre. Mais le dernier métro est déjà passé depuis longtemps et je suis toujours là (pas aussi simple bis), et il faut croire que j’ai même pas envie de rentrer. Il n’y a pas à épiloguer, pourtant j’épilogue. C’est pas du tout comme s’il était 4h du mat (et que j’avais un rdv avec ma référente de stage dans 5h) mais bon… S’en suit une scène traumatisante dans une cuisine, quelques pleurs et des rires, des excuses (j’aurais du rentrer plus tôt, ne pas rester). J’ai dormi sur place. Seule. Et pas très bien.
5h plus tard, donc, C. m’ouvre sa porte : “Tu viens de te réveiller?” (j’ai fait peur aux enfants dans le U-Bahn). Concentration maxi. Elle est contente des deux articles que je viens de lui rendre, moi contente qu’elle soit contente, comme à l’école. J’ai une bonne note, et : “Tu devrais essayer de vendre des articles à des magazines en France”. Mes photos sont publiables aussi, selon elle. Il faut absolument que j’aille me coucher, là c’est vraiment trop pour moi, tout ce que je veux c’est la paix, aucune sollicitation, aucune émotion, aucune idée.
Chez moi, il y a des ouvriers qui depuis une semaine cassent des cailloux juste sous mes fenêtres. Je descends les volets roulants. Mais j’entends le bruit. J’ai rêvé que j’étais dans une station de métro, et que je rencontrais une fille un peu marginale qui me demande un peu d’argent. Dans mon rêve, je suis habillée super classe, j’ai mon ordi portable sous le bras, je suis pressée. On discute. Au réveil, je me rends compte que je viens de faire connaissance avec les deux extrêmes de la personne que je suis ici. (ce qui me rassure, c’est que mes deux personnages s’aimaient bien).
Il faut croire que je ne sais vraiment pas ce que je veux.
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…même que la vie est plutôt douce en ce moment…
Jeudi balade avec B. au Treptower Park, samedi avec Delphine que je ne connaissais pas et avec qui le courant est plutôt bien passé (ça fait du bien d’avoir de nouveau des conversations de “filles”!). Et dimanche l’exploration de la Teufelsberg a finalement eu lieu. C’était une très belle journée ensoleillée, un super chouette après-midi passé à escalader des gravats, à se faire peur en marchant dans le noir sur des sols truffés de trous, à avoir des frissons en montant sur les anciens radars, suspendus sur une plateforme en acier où la rembarde s’est cassé la gueule par endroits, à tester l’écho impressionnant en criant tout en haut du plus haut des radars…tout ça avec des gens unanimement amicaux. B. veille au grain, aux petits soins pour moi. Je suis un peu gênée d’être “introduite” comme ça dans un groupe de gens qui se connaissent déjà. Fin de la balade : tu fais quoi ce soir? tu viens manger à la maison, tout le monde sera là. J’ose à peine dire oui, c’est l’anniversaire d’un des collocs de B. Mais le coloc en question est d’accord, enfin disons que je le voyais mal de toute façon dire “non” quand la question est posée devant moi…
Je me retrouve donc attablée avec les mêmes personnes pour une soirée “fondue”. Et à peine mal à l’aise, alors que je n’ai pas (encore) bu. Quelques verres de vin plus tard, c’est sûr, je passe une bonne soirée, une soirée qui passe vite. Je suis étonnée de ne pas être dépaysée. Je suis la plus jeune, ils ont tous plus ou moins la trentaine, et ça passe. Encore cette impression, toute nouvelle pour moi ici, d’être à l’abri, dans le cocon de l’appart et la fumée des clopes. C’est une sensation que j’ai envie de partager (en clair : venez vite me voir!). Il y a une sale blague qui circule comme quoi je fais juste semblant d’être journaliste stagiaire et que je suis strip-teaseuse. Je prends ça comme une preuve d’intégration!
B. prend sa guitare, commence à chanter du Noir Désir et des chansons des Bérus…puis une chanson de Louise Attaque, super belle, (au doux nom évocateur de “Cracher nos souhaits”)..le Heimweh me saisit…je suis loin, quand même…bon, c’est bon je vais pas commencer à pleurer, une vodka plus tard je suis de nouveau d’aplomb. “Tu veux savoir la vérité?”. Non, pas du tout, mais je n’ai pas le choix apparemment. La vérité étant que tout le monde était au courant que je serais là ce soir, sauf moi. On parle d’autre chose, tu veux bien?
A 4h du matin, je converse en allemand avec une yougoslave, et elle a l’air de me comprendre.
Je finis par m’endormir sur le canapé, couverte de toutes les couches possibles. Ca faisait longtemps qu’on ne m’avait pas racontée une histoire pour m’endormir, et que je n’avais pas entendu ensuite des paroles aussi douces dans un demi-sommeil (en faisant semblant de ne pas les entendre).
