Classé dans : bla bla bla
C’est troublant lorsque l’on sent, littéralement, les choses en train de se faire, en train de devenir, de se jouer. Passer un palier. Avoir un pied sur la marche suivante et savoir que si on ne lève pas l’autre pied, on va se casser la gueule, faute de pouvoir faire marche arrière (sans mauvais jeu de mot). J’ai toujours eu horreur des changements, je les craint et je les déteste. Quitte à les accomplir moi-même, pour ne pas avoir à souffrir d’un changement de ciel soudain, d’un mouvement des nuages imperceptible qui suffirait à tout briser. Il y a de la pensée magique là-dedans, beaucoup. Comme compter certaines choses dans la rue, ne pas marcher sur les arrêtes des pavés, s’attacher aux objets. A chaque “changement” , se dire : “la dernière fois (que tu t’es servi de ca, que tu étais là, que tu as vu telle personne) ce n’était pas comme ca”. La superstition. L’immense peur du “Ce ne sera plus jamais pareil”. Ca ne sera plus jamais aussi bien parce que pas comme avant. Les battements d’aile du papillon me torturent, j’ai l’impression qu’il essaye en permanence de détruire mon (des)équilibre, qu’il s’active dans le froufroutement inquiétant de ses ailes qui libèrent de la poudre qui sent déjà le moisi du passé, dans un seul but : me destabiliser, et donc me faire tomber.
B. m’a rappelé finalement, hier soir, j’ai demandé l’ordinateur de H. Sa voix est gênée, ses mots encombrés de rires inutiles, le goût étrange du quelque chose a changé. Mais quoi?
Je n’ai pas compris cette semaine sans se voir, ca n’était jamais arrivé depuis que je le connais. Je n’ai pas compris de cette facon-là, qu’il m’appelle quand-même, qu’il fasse comme si c’était normal. Je paranoise après le coup de fil, persuadée qu’il en a assez, de moi, de mes manières de fille qui adore qu’on la courtise, de mon incertitude, puisqu’il ne sait pas que (grâce à mes cousines -thanks les filles) chez moi aussi, quelque chose a bougé, que la douceur pourrait bien s’amener finalement, que je laisse la porte ouverte.
Sur le chemin de la “maison” de B., je me force à faire comme si c’était la dernière fois que j’empruntais lcette rue, la dernière fois que je descendais à cette station de métro. C’est sans effet, à part celui de me faire réaliser à quel point j’aime cet endroit, cette maison justement, cette atmosphère, les gens qui la font. J’en ai honte, et évite de le montrer. Je déteste le changement, je déteste les départs mais pas les arrivées. Une fois les choses entrées dans mon horizon, il ne faut pas bien longtemps pour que j’en fasse une partie de mon univers.
Je frappe, B m’ouvre, sans baiser. La porte de la cuisine est fermée, comme je ne l’ai jamais vue. Je suppose qu’il y a les “visites” derrière. C’est violent, comme sensation, cette interdiction de la cuisine, de là où j’ai bu, parlé en trois langues, rigolé, pleuré, dormi.
Je sais je ne suis pas chez moi, evidemment, mais les larmes aux yeux quand même tellement je trouve ca “symbolique”, de ce truc qui ne tourne pas rond. C’est une situation que j’ai l’impression d’avoir déjà vécue des centaines de fois (mais quand?), j’ai les yeux plein de larmes encore à l’intérieur, je ne regarde pas B, la gentillesse du sourire des colocs est un vrai baume.
Je suis glaciale, je fais la transaction de l’ordinateur, je ne dis pas un mot inutile.
B. est en train de préparer un mini album illustré de ses dessins, avec le texte d’une chanson qu’il a écrite. Il me demande de corriger le texte, et je lui en veux encore plus, parce que ses fautes d’orthographe me fendent le coeur, je voudrais ne pas les voir, ne pas les souligner avec le stylo rouge de maîtresse d’école qu’il me tend. Ca fait mal de s’ouvrir, de se rendre compte que je n’ai plus envie de voir ces fautes-là de la facon dont je les aurais vues avant, avec mépris, avec pitié peut-être.
Je n’ai pas enlevé mon manteau, ni mon écharpe. Je ne décroche toujours pas un mot. Je devrais partir comme ca, froide, altière. mais je ne peux pas. B m’accompagne au métro, sur le chemin il parle, raconte la semaine chargée, stressante, pleine de soucis, je ne dis rien, je hausse les sourcils, je vais finir par le blesser. C’est son baptême de moi dans mes mauvais jours, et la pire version.
Mais devant le métro, il me prend longtemps dans ses bras. Et bien sûr j’éclate en sanglots, enfin, bien sûr c’est encore un peu comme avant, pas tout à fait changé, je pleure du jour qui s’en va à 15h30, de mes soirées devant TV5 Monde, de mes siestes de 15h à 17h, du froid que je défie en sortant en pull, des bruits de pas que j’entends devant ma fenêtre, de mes insomnies jusqu’à 5h, je pleure d’être dans cette putain de ville que j’aime un peu trop, d’être là devant le métro avec toutes mes angoisses rentrées, avec de la tendresse qui se refuse, avec la sensation que tout est merveilleux mais trop précaire, bancal, trop fragile, pour que je puisse me calmer.
Les “visites” s’en vont demain. B, qui a un peu tout compris, dit qu’il aura “du temps à me consacrer”. Je suis une gamine, en ce moment, une gamine avec des peurs infantiles ridicules, des manies de mamie et une inconscience d’ado qui claque le fric sans oser regarder son compte en banque, des fois qu’il pousse sur les arbres.
Bref, tout ca est peut-être raconté de manière un peu trop solennelle, mais je suis sous l’influence totale d’un livre commencé hier (Mes mauvaises pensées, Nina Bouraoui) : l’écriture convulsive, la parole de la thérapie, l’envie de “tout dire”, le besoin de se délivrer de ce qui est pensé en l’écrivant. Elle cite Hervé Guibert, je me sens en terrain connu. J’entre dans son intimité comme je suis entrée dans la sienne, à HG (et là je devrais normalement dire que mon mémoire avance- sauf que c’est faux). Je suis jalouse des sensations de Nina Bouraoui, de ses souvenirs, de sa facon de sentir, de capter les choses.
Ce soir, tisane et lecture. Je me sens un peu en surchauffe cérébrale, là.
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Hi!
Comment par halvard sanz novembre 30, 2007 @ 1:43Cool u like my pictures!Thanks!
Sorry if I write in english but is to late to write in another language..:( Il faut que je vais etudier encore mon francais…) I like to read your blog, is cute and u write so “fließend”, is a pleasure to read it!
Have a nice day!
Halvard