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Cali – Il y a une question
C’est peut-être le manque de sommeil qui me fait tout prendre au tragique.
N’empêche que j’ai l’impression d’être dans une drôle de situation.
Je suis fébrile.
Je n’aime pas quand on me fait remarquer que je suis stressée, jamais détendue, que j’ai besoin de bouger sans cesse, d’occuper mes mains, de détourner le regard.
Je me sens démasquée.
Les questions qu’on me pose résonnent même avec deux nuits de retard.
Je suis attendrie.
Sauf que encore un entre-deux. Et que cette fois-ci, prévoir la suite des évènements me paraît impossible.
Quelque chose d’effrayant aussi à se dire qu’autant de choses se passent en si peu de temps, enfin des choses dans ma tête, des lignes qui bougent.
“Ici on ne vit pas comme ailleurs.”
Toutes mes tentatives pour m’accrocher à mes crispations pourtant tenaces autrefois échouent lamentablement.
Toutes mes bonnes résolutions finissent noyées par le flot.
Je ne sais pas si je fais ce qu’il faut. Je sais juste que je ne sais pas suffisament ce que je veux et que ce n’est bien ni pour moi ni pour les autres.
Je n’ai pas aimé que tu fasses cette tête-là pendant toute la soirée.
Au moins, avec B c’est (presque) clair. Du genre fini. Et je n’y pense plus.
Hier, H a fait deux apparitions. J’ai eu mes regards, et un signe de la main à travers une porte vitrée. Et un flyer pour une soirée chez lui.
Les invitations, et donc les occasions d’éclaircir les situations bizarres, pleuvent pour ces deux prochaines semaines. Il faudrait que je puisse dire si j’arrête de regarder H ou pas.
Mais pour ce qui me préoccupe en ce moment, ………
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Depuis deux jours, on me traite comme une princesse.
Depuis deux jours, on me nourrit comme une reine.
Depuis deux jours, je suis tellement perdue que je pourrais pleurer autant que je souris.
Depuis deux jours, il ne s’est rien passé.
Depuis deux jours, je ne suis pas au bout de mes surprises.
Depuis deux jours, les initiales changent.
Depuis deux jours, je n’aspire qu’à la légéreté et à l’inconséquence.
Depuis deux jours, je ne dis rien.
Depuis deux jours, je n’attends rien.
Depuis deux jours, je me laisse porter.
Depuis deux jours, j’aime de plus en plus Berlin.
Depuis deux jours, je dois me cacher dans les escaliers.
Depuis deux jours, tout est étrange.
Depuis deux jours, je ne sais pas.
Depuis deux jours, je suis l’invitée.
Depuis deux jours, les mots sont dangereux.
Depuis deux jours, les silences sont assez jolis.
Depuis deux jours, du vent que je n’attendais pas souffle dans mes voiles.
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Ben Folds – Bitches Ain’t Shit
On m’a tendu un téléphone, et la personne de l’autre côté m’a dit “salut, ca te dit de couper des fils pendant deux jours ?”. J’ai dit oui, puisque tout ce que j’avais compris c’est qu’il y avait un moyen (temporaire) de gagner un peu d’argent qui me tombait dessus sans que j’ai rien eu à demander ni à chercher. J’ai donc travaillé une partie de mon samedi et de mon dimanche dans une fabrique de tee-shirt. Avec 2 nanas punks, en écoutant de la musique punk, et en coupant les fils des étiquettes de t-shirt tendance…punk. On m’avait dit : “Berlin, c’est l’inattendu à chaque coin de rue, tu peux te retrouver à faire l’actrice du jour au lendemain parce que tu as rencontré un apprenti réalisateur dans un bar”. Moi, je me suis retrouvée coupeuse de fils.
Je me sentais bien, avec mes ciseaux, concentrée pour ne pas faire de trous, et en même temps complètement ailleurs. J’aime bien la concentration qu’on acquiert avec ce genre de tâches manuelles, je me dis souvent que le moment ou je réfléchis le plus efficacement c’est quand je fais le ménage, je sais pas si c’est normal. Il y a aussi la piscine, mais je me méfie, parce que sous l’eau je deviens complètement mégalo, j’écris des débuts de romans, je mets sur pied ma furure carrière de journaliste au Monde, je divague.
Mais quand même…Si je devais décrire Berlin en deux mots, ce serait avec “potentiel caché”. Comme lorsque je me suis rendue compte que le groupe d’un des collocs de B., que je venais d’aider à déménager, est tout simplement génial, et qu’accessoirement le chanteur du groupe est une bombe. Sexuelle. (qui pourrait faire une star télégénique pseudo-transgressive plus que probable). Ou encore que le petit livre de B., j’aime beaucoup. Que mine de rien, tout le monde autour de moi “produit”, créé, sort quelque chose de sa cervelle. Et moi?
Je cherche quand même les ennuis. Vendredi soir, après le concert du groupe génial, je devais retrouver B, retenu ailleurs, chez lui. Je m’assure avant de partir que ca tient toujours. Comme prévu, je l’appelle à 3h, prête à l’attendre s’il le fallait. Quand il m’a gentiment dit que c’était mieux que je rentre chez moi, vu qu’il en avait encore pour pas mal de temps et qu’il rentrerait “bourré, c’est ca le risque”, je me suis sentie d’humeur à faire un coup d’éclat. Et munie de la clé du coloc, je suis allée me coucher dans son lit, j’ai laissé un mot sur son bureau genre j’aime pas qu’on me décommande à la dernière minute, et j’ai lu charlie hebdo pendant deux heures, c’était cool. Finalement, à 8h du matin, B est rentré. Sans avoir vu mon mot ni mes affaires. Et j’ai soudain compris pourquoi les filles qui vivent en couple obligent leur mec à dormir sur le canapé quand ils rentrent très tard.
Il y a un espèce d’acharnement dans ma facon d’agir avec B en ce moment, mais je ne fais que me donner pour de bon des confirmations dont je n’aurais peut-être même pas besoin. De toute facon, il est loin, lui aussi, je n’ai pas vraiment compris pourquoi mais je m’en fiche, ca fait une éternité qu’on n’a pas juste pris le temps de discuter de tout et de rien, pourtant c’est ce qu’on fait le mieux, je crois.
Le temps du test touche à sa fin, j’en ai marre, j’en ai assez, je lui en veux, je m’en veux, j’ai besoin d’air, de rêve, et de regards du mercredi.
Juste le temps de faire quelques ajustements ici et il sera déjà Noel…
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(Ecrit jeudi 29)
J’aime bien avoir des idées étranges quand j’ai un peu bu. Penser des choses que je n’aurais jamais imaginé penser. Mais bloquer sur quelque chose, en faire une idée fixe, ca me fait déjà moins rire. Surtout quand je me découvre amoureuse transie de quelqu’un qui était jusque là en dehors de mes préoccupations. On atteint des sommets dans le ridicule, quand on se met à penser qu’on sait très bien, au fond, qui est la personne qu’il “faudrait”.
Ce n’est peut-être pas si faux, d’ailleurs, cette intuition, ni l’idée suivante qui dit : mais il n’y aura jamais rien.
Mais la lucidité alcoolisée ne vaut rien en comparaison de la lucidité sobre. Et cette dernière me dit seulement que ce n’est pas tant une question de personne qu’il faudrait que de personne qu’il ne faut pas.
Mais n’empêche ca m’a rendu triste cette conviction, le temps d’une soirée. Je n’ai jamais rêvé de H. H n’était pas là hier, enfin si, au début, mais il est parti avant qu’on ait échangé le moindre regard. Je faisais semblant de ne pas l’avoir vu, tout ca me stressait. Mais il est parti alors ce fut un mercredi soir sans jeu.
Je n’ai jamais rêvé de H., mais j’ai rêvé trois fois cette semaine de quelqu’un d’autre, de quelqu’un qui était là hier soir.
Il y avait cette fille complètement partie qui voulait le faire danser, qui l’agrippait, qui l’enlacait. Il ne disait rien. Il a couché avec elle un soir, j’étais là le lendemain matin, quand il est réapparu avec la gueule de bois du mec qui se réveille à côté d’une indésirable. Hier soir c’était peut-être parti pour un nouveau tour de manège.
Je les regardais trop fixement, je ne me gênais pas pour observer comment il réagissait aux tentatives de cette fille.
Il l’a couchée dans son lit, a dormi sur le canapé.
Je suis tombée de l’échelle en montant sur le lit de B, je me suis vue tomber, j’ai eu peur, j’ai crié. Il est entré dans la chambre, m’a demandé si ca allait.
En tombant, j’ai endommagé quelques affaires de B. J’ai une éraflure et un bel hématome sur le bras.
Ce matin, il a dit : “Je suis entré car j’ai eu peur pour la guitare.”
J’observe ses gestes, la facon dont il mange. J’aime la douceur de sa voix et son ton posé. Posée sur le canapé, je le regarde ranger la cuisine. B n’est pas bien réveillé, il est insupportable. Je me sens déplacée. Je regarde les draps sur le canapé qui prouvent qu’il n’a pas dormi avec la fille. En rassemblant mes affaires, qui prouvent que j’ai dormi avec B, j’ai l’impression de sentir sur moi un regard ironique de sa part.
